actualités en ligne

-> 3 avril 06

 

"Le premier coup de pioche "

mise en ligne : 03 avril 06

A Rezé-les-Nantes, le premier coup de pioche est donné le 11 juin 1953, soit quatre ans après l’acquisition du terrain. Le contrat tacite passé entre la Maison Familiale maître d’ouvrage, les architectes et les entreprises consiste à réussir la performance de construire l’immeuble en dix-huit mois, le budget H.L.M. n’autorisant aucun dépassement. Par ailleurs, Marseille n’est toujours pas livrée et l’interminable chantier incite les détracteurs à suivre de très près cette seconde réalisation qui donne lieu déjà, à de multiples oppositions. Tout a été pensé, organisé pour que la construction se déroule sans aucun problème et que le planning soit tenable.

Le 4 août 1953, une grève générale illimitée est lancée au niveau national. Le gouvernement de droite dirigé par un industriel, Joseph Laniel, remet en cause les acquis sociaux obtenus à la libération. Début juillet, Laniel annonce qu’il va prendre une série de mesures pour limiter la dépense sociale : réforme de l’assurance maladie (plus exactement son démantèlement), suppression de quatre mille emplois dans la fonction publique, allongement de l’âge de la retraite.

Ce sont les postiers bordelais qui lancent les premiers un mouvement de grève illimitée : le 5 août, tout est bloqué. Plus un seul bureau de poste n’est ouvert sur le territoire, le courrier n’est plus distribué, le téléphone qui est assuré par des opératrices ne fonctionne plus, les chèques postaux ne sont plus traités.

Les PTT vont être suivi par EDF, les mines, Air France et la SNCF. Les ordures ménagères ne sont plus enlevées et il fait, en ce mois d’août, une chaleur étouffante. Tout le secteur public et nationalisé est mobilisé. Aux salariés du public vont se joindre ceux du privé, bien qu’un grand nombre d’entre eux soit en congé.

Le 10 août, le gouvernement ignorant la rue, promulgue plus d’une vingtaine de décrets-lois. Le mouvement grossit, les salariés de la métallurgie, des banques, des assurances, de la construction navale, du bâtiment, des produits chimiques et les commis d’agents de change se mobilisent. A la mi-août, quatre millions de travailleurs du public et du privé sont en grève.

La France est paralysée, les trains ne roulent plus, les ordures s’amoncellent alors que dans le midi, les viticulteurs sur leurs propres revendications, dressent des barricades sur les routes et contribuent à alourdir le climat social.

Le pouvoir n’entend céder d’aucune manière et veut au contraire faire respecter son autorité. Il procède, dès le 7 août, à la réquisition des agents des services publics. Les grévistes en cortèges ou en délégations se rendent devant les préfectures et brûlent leurs convocations.

Les travailleurs sont déférés devant les tribunaux mais ces derniers refusent de statuer. Même l’armée décline l’ordre de suppléer aux postiers ou aux électriciens en grève. La reprise du travail ne sera votée que le 20 août après un maigre bilan. Les grévistes ont obtenu qu’aucune sanction ne soit prise à leur encontre et le gouvernement a abandonné son projet d’allongement de l’âge de la retraite. Il y aura une augmentation des salaires.

En 1936, les grandes grèves étaient dirigées contre le patronat, par contre celles de 1953, marquent la première mobilisation contre le gouvernement. C’est aussi la première grève organisée par des travailleurs du public et des entreprises fraîchement nationalisées. Son caractère « général et illimité » en fait une nouveauté dans l’histoire des luttes ouvrières. Loin d’être calmée, la rue s’embrasera de nouveau en 1955.

Jean Rigollet, 24 ans, sera tué à Nantes au cours de heurts qui opposeront les manifestants aux forces de l’ordre, lors du conflit des ouvriers de la métallurgie. C’est donc un climat social explosif qui règne en France pendant toute la durée du chantier.